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Un abattoir de chiens

Maladies, mort et viande de chien – le risque de santé publique dont personne ne veut parler

Un récit personnel de cet horrible trafic de viande de chien et de chat

12.8.2020

De répugnantes fosses de noyade, des pistolets paralysants faits maison, des empoisonnements au cyanure et à la strychnine, des crémations au chalumeau, ou encore le matraquage d'animaux vivants au milieu d'un marché bondé. Il est difficile d'imaginer pires scènes, ponctuées d’actes cruels délibérés, de maladies infectieuses et de mépris total pour la santé publique.

Le trafic de viande de chien est une industrie illégale, exclusivement motivée par le profit et dépourvue de tout contrôle. On néglige souvent le potentiel pandémique de ce trafic. Celui-ci a déjà le potentiel de tuer d'innombrables personnes rien que par la rage. Les pratiques associées à ce trafic, telles que la capture brutale des animaux, le transport exténuant, la détention des animaux des jours durant dans des conditions de surpopulation et les pratiques d'abattage sommaires et non hygiéniques, exacerbent encore plus le risque pour la santé publique. En somme, les conditions parfaites sont réunies pour l’émergence potentielle de nouveaux agents pathogènes capables d'infecter les humains. Au cours des derniers mois, les comptes rendus des médias mondiaux sur les marchés chinois d'animaux vivants ont fait le tour du monde, confirmant ce que nous savions déjà depuis des années en travaillant sur le terrain : le trafic, la brutalité et l'abattage des animaux peuvent avoir de graves conséquences sur la santé publique. Enquêter sur le trafic de viande de chien et de chat est absolument déchirant et dévastant et il est impossible de s’y habituer. Même si chaque pays, ville, zone de séquestration et abattoir est fondamentalement différent, ils partagent tous certaines similarités : les odeurs, les scènes, et les sons qui sont à jamais gravés dans ma mémoire.

Les odeurs

Ce qui me frappe en premier, ce sont les odeurs putrides associées au trafic. Comme les établissements sont rarement nettoyés, ils ont tendance à avoir cette odeur que l’on pourrait qualifiée d’écœurante et putride. Recouverts des excréments et de l’urine des chiens qui tentent désespérément de s’échapper de la cage dans laquelle ils sont enfermés, les sols sont d’une rare saleté. Les mares de sang qui s’accumulent dans les zones d’abattage ont elles aussi une odeur infecte, et dans certains cas, le sang est récupéré dans des seaux pour en faire du jus de viande, laissé comme tel toute la journée dans la chaleur et l'humidité de l'Asie du Sud-Est. Une odeur particulièrement inoubliable est celle du pelage brûlé des carcasses et des animaux vivants. J'ai continué à sentir cette odeur persistante de pelage brûlé dans mes propres cheveux pendant des jours suivant la visite d’un marché, et ce, peu importe le nombre de fois où j'ai essayé de les laver, me rappelant ainsi continuellement les scènes dont j'avais été témoin auparavant.

Un chien mort

Les scènes

Les scènes impliquées dans le trafic sont empreintes de mépris flagrant tant pour les animaux que pour la santé publique. En tant que vétérinaire, ce sont les animaux eux-mêmes qui attirent mon attention en premier lieu, mais il est difficile de faire abstraction des scènes atroces qui se jouent autour de moi. Il est courant de voir des animaux malades et blessés, certains d’entre eux présentant des écoulements nasaux importants, convulsant à cause de maladies neurologiques, souffrant de déshydratation sévère ou d’os brisés suite à leur capture dans de violentes conditions. Les animaux sont traités avec mépris et aucune importance n’est accordée à leur bien-être, leur assujettissement se faisant sous les coups.  Les scènes du trafic sont chaotiques. Les bouchers et les commerçants remplissent les fosses de noyade, déchargent les cages, remplacent les bonbonnes de gaz destinés aux chalumeaux, et tuent les animaux le plus rapidement possible. Dans certains endroits, le trafic d'animaux sauvages est associé à celui de la viande de chien et de chat. Dans un cadre particulièrement mémorable, des singes étaient enchaînés au-dessus d'une fosse de noyade qui servait à tuer plus de 100 chiens par jour en les immergeant jusqu'à ce que les bulles d'air ne cessent. Chez un grossiste en viande de chat, les congélateurs étaient remplis de viande de chat congelée, tandis que des bouteilles de singes et de bébés tigres préservés dans le vinaigre et marinés étaient posées sur une étagère en attendant d'être 

Un marché de chiens

Les sons

L’aspect le plus terrifiant de l’enquête est probablement les sons que font les animaux lorsqu’ils crient, hurlent et gémissent, certains essayant frénétiquement de ronger ou de griffer leurs barreaux pour sortir. En dehors des animaux eux-mêmes, les bruits de fond peuvent être tout aussi pesants, comme ceux des commerçants qui crient et hurlent, ou le bruit que font les lourdes cages lorsqu'elles sont déchargées ou déplacées.

Les marchés d'animaux vivants-qu'une partie du trafic

Depuis l’apparition de la pandémie de COVID-19, les marchés d'animaux vivants d'où provient l'agent pathogène ont fait l'objet d'un tollé mondial. Toutefois, en ce qui concerne le trafic de viande de chien et de chat, il est important de s'intéresser non seulement aux marchés, mais aussi à l'ensemble du processus. En effet, le trafic ne commence pas et ne s’arrête pas simplement sur le marché. Le voyage des animaux dure en général des jours, voire des semaines. Ils sont transportés dans de violentes conditions sur des centaines de kilomètres, présentant ainsi un risque de maladies pour de nombreuses personnes se trouvant sur leur route. Alors que l'attention des médias s’est concentrée sur les marchés eux-mêmes, il faut tenir compte du risque pour la santé publique que toutes les pratiques associées au trafic représentent pour les personnes concernées, et non pas uniquement sur les marchés. Les personnes à risque incluent les voleurs de chiens et de chats, les commerçants, les grossistes, les transporteurs, les vendeurs sur les marchés, les bouchers, le public et les touristes qui pourraient visiter ces marchés. Compte tenu de la nature même du trafic et de son fonctionnement, je peux vous assurer qu’après avoir vu ce que j’ai vu, une réglementation visant à modérer les risques liés au trafic est pratiquement impossible. Une interdiction complète est donc la seule solution.

Croyez-moi, combattre le trafic de viande de chat et de chien ne consiste pas à répondre aux sensibilités occidentales, ni à débattre de ce qui est mangeable et de ce qui ne l'est pas, mais il s'agit plutôt d’une question de vie ou de mort, tant pour les animaux que pour les hommes. Il s’agit non seulement de lutter contre la cruauté et la souffrance endurées par des millions d’animaux mais aussi de protéger les communautés locales, les visiteurs internationaux et de promouvoir la réputation internationale des villes et des pays eux-mêmes. Je ne peux qu'espérer que le partage de mes expériences puisse contribuer à faire évoluer une pratique qui n'a pas sa place au XXIe siècle et qui pourrait déboucher sur la prochaine pandémie mondiale.

Un chien désolé dans une cage

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Dr. Katherine Polak avec un chat

Dr. Katherine Polak

vétérinaire et responsable du programme « Aide aux animaux errants » de QUATRE PATTES en Asie du Sud-Est

Katherine dirige actuellement le programme « Aide aux animaux errants » en Asie du Sud-Est, avec un accent particulier sur la lutte contre le commerce cruel de la viande de chien et de chat. En tant que spécialiste de la médecine vétérinaire préventive, elle a travaillé pour diverses organisations de protection des animaux et de refuges en Amérique du Nord et en Asie. Elle se concentre sur l'enseignement vétérinaire, les programmes de castration de haute qualité et le renforcement des capacités organisationnelles. Katherine travaille en étroite collaboration avec les organisations partenaires de QUATRE PATTES au Cambodge, en Indonésie, au Vietnam et en Thaïlande pour mettre en place un solide réseau de programmes de soins aux animaux errants dans la région.

 

Katherine enseigne également dans des universités aux États-Unis et est consultante pour divers programmes communautaires de gestion des chats dans le monde entier.

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